Écrire un poème militant à la louisianaise
Â
commencer avec un jeu de motsÂ
ou bien un bon titreÂ
peut-être une adaptation d’une citationÂ
d’un.e grand.e écrivain.eÂ
à manipuler à Â
personnaliserÂ
Â
ajouter des ingrédients culturelsÂ
puis la mémoire personnelleÂ
un peu de répétition,Â
varier les refrainsÂ
Â
brasser tout ça sur la page numériqueÂ
griller les pimentsÂ
boucaner l’ailÂ
pour que ça ait un bon goût de boucaneÂ
sans manger la viandeÂ
de quelqu’un d’autreÂ
d’une mortÂ
Â
lier sa parole à celle des vivantsÂ
prouver qu’on travaille dur itouÂ
mais pas trop dur, carÂ
écrire la poésie c’est trop dur itouÂ
c’est pas pour les enfantsÂ
et voler c’est pas beauÂ
mais une référence ici et là Â
Å“ufs de pâques cachésÂ
ça va de soiÂ
Â
choisir un bon nom de plumeÂ
Zénon Chez L’AmiÂ
Debbie FalaisetonÂ
Jean ArsenaultÂ
Jean Saute de l’OursÂ
Ralph PauvretÂ
PerrocormierÂ
Â
beaucoup d’allusionsÂ
une pincée de confusionÂ
prétentions violentes localiséesÂ
cachées sous des répétitionsÂ
et quelques bonnes rimesÂ
Â
qu’est-ce qui rime bien avec maringouins ?Â
soins, cawans, loin, goutte d’eau dans le foinÂ
je ne sais pointÂ
Â
mais je vas le faireÂ
je suis cadjoin
Â
Â
Mots
Â
les mots m’habitentÂ
mais ce ne sont pas les miensÂ
Â
les mots de mon pèreÂ
de son père et de tous les pèresÂ
Â
m’habitentÂ
je ne veux pas les répéterÂ
Â
les mots sont là justementÂ
pour soigner pour bercerÂ
Â
les premières chansons qu’on nous chanteÂ
sont des comptinesÂ
Â
des berceuses grinçantesÂ
ai-je besoin de ce pèreÂ
Â
qui s’est fait père trop jeune ?Â
ai-je besoin de ses mots qui ne me bercent guere ?Â
Â
quoi je vas faire avec ces mots que je ne veux jamais répéter ?Â
surtout aux autres devant les autresÂ
Â
quoi je vas faireÂ
avec ces histoires qui ne me soignent pas ?Â
Â
ces motsÂ
ce sont des cadeaux, ça ?Â
Â
la répétition dans la poésieÂ
ça nous aide à s’en souvenirÂ
Â
à suivre l’intrigueÂ
à raconterÂ
Â
mais comment je vas faireÂ
si la ligne qu’il me fautÂ
Â
pour me rappeler du resteÂ
est trop sombre pour être répétée ?
Â
Â
Outreaux
Â
je bois l’eau où coulent les mots de mon dictionnaireÂ
je les verse là où je vas pour me tiendre éveilléÂ
pas besoin d’un réveilÂ
Â
c’est le chant du Perroquet qui me réveilleÂ
au milieu du champ à l’odeur des fourchettesÂ
et des saint-jeans et des plumes tombéesÂ
Â
mes rêves sont trop grands pour ce champ mouvantÂ
je garroche mes écrits au feuÂ
et faire danser les flammes comme samedi au soirÂ
Â
la chanson qui tourne en rondÂ
qui vibre épais sous le saphirÂ
est ma nouvelle chansonÂ
Â
elle est fraîcheÂ
elle sent d’un été sans finÂ
elle coule, elle bourdonne, elle batÂ
Â
je sors enfin du cauchemar et je flotteÂ
un peu, moment fugaceÂ
je bats mes ailesÂ
Â
je teste l’airÂ
je crois enfin en mon flair.Â
je décolle en un éclairÂ
Â
rayon vert
Â
Â
An Louisianne
Â
en janvier on ramasse du manglierÂ
et fait des fricassées de rentierÂ
dans un pays catastrophéÂ
puis on célèbre l’histoire des noirs en févrierÂ
comme si ça leur ferait quelque choseÂ
comme si on pourrait les repayerÂ
pour avoir créé tout qu’on mangeÂ
qu’on écoute, qu’on aime et commentÂ
on s’égaye dans tous les côtésÂ
un jour, on va se réveillerÂ
dire bonjour à la farceÂ
en mars, le faux printemps,Â
saison éparse, passe et éventuellementÂ
on retrouve notre nombril en avrilÂ
chez soi, chez toiÂ
ayoù tu manges en français et danses en créoleÂ
et chantes les paroles du bourdonnementÂ
des maringouins mesquins qui volent sans finÂ
en juin jusqu’auÂ
futur lointain mais enfinÂ
tu peux lire ton bouquinÂ
et fumer tous tes jointsÂ
et jouer à la barèneÂ
et écouter les fous bourrésÂ
en juillet on oublie où est toutes nos idéesÂ
trop saoul et pas assez de culpabilitéÂ
comme si on va se retrouverÂ
en août mais on commence à Â
regretter les souvenirs perdus
équand ça brule la canneÂ
et chicane dans la chaleurÂ
ça ne fait rien contre le tracas des ouragansÂ
et les temps en septembreÂ
cache-toi dans ta chambreÂ
avec un matelas sur ta têteÂ
et après, chante l’alphabet,Â
et recycle les déchetsÂ
quand le ciel se balayeÂ
avec l’air frais, là on va bien mangerÂ
et en novembre on remplit nos ventresÂ
pour bien se préparerÂ
parce qu’en décembreÂ
les nuits sont longuesÂ
et la vieille lune règne encoreÂ
et nous savonne la langueÂ
langue affiléeÂ
langue doublée, amarréeÂ
langue trop longue et
trop grande pour une seule songÂ
chantons ensembleÂ
rassemblons-nousÂ
en Louisiane, et partout.
Â
Â
Mississippi rêveur (reprise)
Â
plus loin en bas du fleuveÂ
je m’assieds tout près de l’horizonÂ
pour allongerÂ
entre ce soir et demain.Â
Â
ce soir, Ã soir, la veille, je vois mieuxÂ
mon idée qui flotte vers la baieÂ
loin de moiÂ
et moi, je vas rester là Â
jusqu’à la mortÂ
jusqu’à j’apprends à reconnaître mes tortsÂ
Â
so cheersons à jamaisÂ
à vivre toujours une suite de mensongesÂ
la performance,Â
l’écriture, rêver ou me vanterÂ
Â
je vas me hanterÂ
avec ses histoires fictivesÂ
que je raconte à tout le mondeÂ
vivre chaque jour dans un délire.Â
Â
les rêves n’appartiennent pas qu’aux rêveurs.Â
les rives n’appartiennent qu’au fleuve.Â
les courants n’attrapent pas que mes fatras à moi.Â
Â
les menteries des gens pourris entre ici et loin là -hautÂ
flottent doucement dans le miroitement du crépuscule.Â
Â
on fait nos feuxÂ
moi, j’en fléchis devant un sur la rive.Â
on y ajoute nos farces, nos larmes et nos temps.Â
on se réchauffe avec ça à soir et proche tous les soirs.Â
Â
mais avant de s’éteindre,Â
nos créations magiques et mystiquesÂ
se joignent au vieux fleuve.Â
Â
ô vieux fleuve, prends soin de nos faussetésÂ
de nos cendresÂ
de nos rêves.Â
Â
miracle mondain, la nuitÂ
prends toutes nos banalitésÂ
dépose-les dans le golfe de vérités.
Lafayette
Lafayette: village libre ; cigarettes
notre liberté se roule dans nos sèches
et laisse des cendres de l’esprit américain
brûlé lentement comme Purr
et on sent la boucane en avant de Chez Tammy
la boucane épaisse et foncée comme
le fils de Kinley
comme n’importe quel gombo
comme le bayou Sainte-Claire
comme n’importe quel café
comme n’importe quel page du dictionnaire
Exode de nuit
dans un pays de vernaculaire spectaculaire
la poussière flotte dans l’air du cimetière
entre Opelousas et Pacanière
le matin
elle poudre les chassis de Mikey’s Donut King
et en arrière elle ternit les tomates, les piments,
les concombres, et le ciment qui ne brillent jamais.
la poussière est plus légère que la rosée
la même poussière s’endort sur le ciment et sur la terre
qui garde les Saizan, les Celestine, les Gobert,
les Pitre, les Deville, les Thistlewhaite et les Chachere.
le soir
elle traverse la rue Landry et passe en travers
les murs des vieilles maisons
à soir, comme auparavant
pour passer la nuit chez elle, chez eux,
veiller jusqu’au réveil ayoù elle rentre…
mais avant, quitte-lé acheter un ‘tit beignet.
La lune en arrière
moi je conduis à la maison à soir
pas encore saoul mais assez comme toujours
y-a pas d’étoiles dans le ciel c’est trop noir
sauf les nuages qu’est après guetter
moi, j’après garder la lune en arrière
mon chemin en gravois, il est croche et il pétune
mais moi je le connais comme la voix de ma mère
la nuit est une griffe qui est après m’entourer
je me sens libéré, de tous les côtés
moi, j’après garder la lune en arrière
sur la route chez moi et je ne trouve pas la rue
pas de lumière et pas d’amis non plus
juste des traces de menteries laissées par moi-même
faux pas, fausse voie, trop de voix dedans moi
j’après garder la lune en arrière
quelque place entre le soleil et la lune
je peux toujours compter sur la nuit cornée
qui se nourrit des faussetés
ma guide, elle va bientôt se casser
moi, je vas garder la lune en arrière
Il y a quelques secondes
il y a quelques secondes
j’ai vu une branche onduler
pour dire au revoir au soleil couchant
ses branchettes tombent
petit à petit
par terre comme les flocons qui cassent son dos
petit à petit
hibou perché
sur une branche frissonnante
baille et salue la nuit
petit à petit car
les jours sont si tant courts
et petit à petit
l’oiseau fait face à sa nuit
il y a quelques secondes
j’ai entendu hululer
un vieux hibou quelque part
petit à petit
il craint la nuit car
petit à petit des petits
cherchent à coloniser son territoire.
Quel cimetière ? (poème écrit sans dictionnaire)
je ne pense pas trop à où je veux vivre
je pense plutôt à où je veux mourir
car je passerai la balance de l’éternité
là où je mourrai
préfère-je frissonner dans le sol gelé ?
ou bien me baigner dans la boue mouillée ?
près de l’océan dans le maïche saumâtre ?
où au fond du golfe et mangé par des crabes ?
peut–être que je vais me coucher
là où mon nombril est enterré
comme ça je pourrai toujours sentir l’ouate
et je ne lâcherai jamais la patate
Train qui ne mène à nulle part
train idyllique
train du présent
dans la gare
nous attend
on ne pense pas à l’avenir
pour un instant
une histoire entre nous finira toujours mal
si ça finit
parce qu’une histoire d’amour qui finit
finit toujours mal ou
elle ne finit jamais
come un train qui ne mène à nulle part
Licher la colle
le soir je liche la colle d’enveloppes
son goût métallique et doux
me rappelle que celle qui reçoit
la lettre enveloppée ne la goutera pas
bécote-t-elle ses lettres qu’elle tient ?
dans le froid d’hiver au seuil
loin de mon seuil, loin de ma langue
loin de mon stylo, quatre jours plus tard
cherche-t-elle mes lèvres dans l’obscurité ?
au début d’une nuit très longue
m’entend-elle hennir seule dans mon salon foncé ?
couché sur la moquette là -bas dans son futur proche
hennit-elle au seuil quand elle lit mes mots
à voix haute, comme moi je les ai lus ?
ou rit-elle en silence comme les oiseaux
dehors et tue ?
dans le froid d’hiver, la nuit est longue
au seuil, seule, mes mots au bout de sa langue
je chante depuis son passé pour atteindre son avenir
elle ne liche pas ma lettre parce que
« je ne peux pas être
amoureuse d’un souvenir »
Boucanes-tu ?
ouais je boucance
j’adore boucaner
boucaner c’est ma passion
chaque nuit je boucane
sous la lune pleine
la lune cornée
la lune brillante
la lune boucanée, brumeuse
je remplis la nuit avec ma boucane
je la respire jusqu’aux larmes
mon linge, ma peau, mes ongles
ont toujours l’odeur de boucane
je me baigne en dedans
et n’importe ayoù que je vas
tout le monde dit
« tu sens bon
boucanes-tu ? »
je dis « ouais » je dis
« je viens juste de boucaner asteur »
Un Chien Andalou à 8h
assis sur la moquette derrière une assiette
d’œufs cuits à peine à la chaleur résiduelle
dans une poêle noire, deux tranches de pain
étalées de confiture à la mûre et une demi-pamplemousse rose,
je visionne Un Chien Andalou pour la première fois
dehors, il fait froid
ici, derrière une tasse de café à la vachère,
derrière mon écran d’ordinateur
je suis bien, suis mieux que bien
suis presque rien du tout
De bonheur
elle dort avec les poules
et boit son café avant que le soleil
se lève
elle met une patate douce dans les cendres
et mets toujours un p’tit brin de sa sève
dans son café
gives it a good flavor
et elle s’assieds au ras des flammes
et leur chuchotent
une prière matinale avant que la brise
efface les traces de la nuit
et de la rosée
les feuilles sèches s’accrochent à ses fesses
et un nuage de vapeur sort de sa bouche
comme la vérité
elle remercie les saules immenses
et les fourmis qui bravent le froid
de bonheur
Louisianimal
qui hante qui ?
qui hunts qui ?
qui est au centre ?
et à la périphérie ?
c’est qui sur la table ?
c’est qui à côté ?
le boucher est toujours après
couper en morceaux
parce qu’eux-autres,
ça veut more so
suivons les traces des lou(ps)isianimaux
dans la nuit
dans la boue
on n’entend plus
rien
on ne sent plus
rien
faut suivre par mémoire
comme une vieille chanson
qui s’accroche à moi
inoubliable
comme le diable
qu’on tue pour sortir de la boue
pour trouver le sable
pour trouver le loup sur la plage
sableuse, rocheuse, coquilleuse
crue
et le loup t’ignore
te déplore
il a soif
l’animal
le marais
avec ses trous de boue
ses bayous partout
ses rues qui ne se sèchent plus
sa côte brune
le loup n’est plus jeune
mais il maintient sa soif
il boit l’eau saumâtre
qui lui donne une folle envie
d’en boire plus
à jamais
sers-toi, cher.
tu la mérites.
loup efflanqué
louisi-effacé
louisi-effarouché
louisi-effaré
s’il te plaît
n’oublie pas le bébé.
Aux Opelousas
je viens ici par esprit
je me balade dans ces rues pavées par des fous
je passe des magasins qui n’ont pas duré,
des cendres de bars brûlés
conducteurs locaux au virage de leur vie
la prison presque morte
un seul prisonnier y reste
il ne sait toujours pas pourquoi
les gris concrets de papiers à cigarette,
les gris envoyés par les prairies
les belles filles qui partent toujours pour la capitale
le boom de 1908, le vieux train
le chemin de faire dodo et d’orphelins
l’histoire se transforme en regard
en vert inondé ou en deux rails de fer
un chemin qui disparaît toujours
je vois ma vie, la mort de la prison
ma vie continue, sa mort continue
un jour je dirai « je vais me coucher et demain je ne pars plus »
je parlerai à moi-même
dans mon char qui marche toujours
l’argent que je donne quand je déjeune est en argent
et la fille qui me sert sourit
et ses dents grises éclairent les murs
Prose et cons
Aimez-vous la prose ? Je propose qu’on fasse une pause poétique pis qu’on ose se plonger dans la prose saumâtre—espace liminal—ayoù la vie et la mort se juxtaposent, se superposent à l’au-delà c’est là ayoù moi pis toi, on se repose pendant que les feux fous explosent. C’est eux-autres qui nous ont amené ici-là avec leurs mots captivants, les maux qu’ils flanquent. Les questions qu’ont posé des loups et des fous et des feux partout dans ce pays de prairies et de bayous, trop de rues, ce sont des questions qu’on repose, nous, des flammes qu’on tise, des braises qu’on attise avec l’aide de la brise, et tout ce qu’elle dépose.
Vieux luxes
ayoù c’est que le marais se termine
et le ciel en toile commence ?
ayoù c’est que l’envie et la peur dansent
et je ne connais pas si chu après peindre ou patrouiller ?
chaque nuit, l’antiquité serre la main à bizarre
et le jour je rêve sur le streetcar
appelé « Empire » et chu après fuir
comme les fantômes d’un rêve vif
ayant envie en Ville de mettre le texte en vie
parmi cent vies boueuses et une éternité luxueuse
je reconnais enfin le calcul dans le chaos
ayoù l’été dure des années
et j’écoute les tombes qui hurlent
dans le coin d’un palais rouillé cassé encroûté
ma tête se remplit de tonnerre
is the rest of the world still out there ?
Haute voix
ne lis pas ça avec la voix dans ta tête
mais à haute voix
l’autre voix que j’aime entendre
comme la voix de ma mère
comme la sauce qui mijote dans la chaudière
et assaisonne l’air
assaisonne l’air
et la saison flair
riment pour une raison claire
ne lis pas ça de la même manière
que je l’aie écrit
seule, perdu, pensant à d’autres affaires
lis ça au monde
à ton amant, à ton père
pense à moi et rien ne nous sépare asteur
comme ça tu me libères
du monde passé
de mon passé imaginaire
hurle-moi en l’air
Village libre
Brailler crier briller hurler héler japper
mes dents sont les seules barres de prison
qui peuvent contenir mes mots
et ma langue les libère
quand la vie coule entre mes doigts
comme l’eau trouble
verse-moi un poème
mes lèvres le gouteront et
me rappelleront les souvenirs
de la mer et les laisseront couler
maux éphémères
jusqu’à ce que mes mots
se remuent clair
comme une sauce bouillante
dans la chaudière
dans la cuisine de nos mères
Edgar Allan Poésie
je ne suis pas poète
je ne suis qu’un perroquet
qui répète les faussetés des autres
avec ma voix primordiale
depuis ma cage rectangulaire
dans un vocabulaire vulgaire et constant
les spécialistes disent que ça évolue
mais je suis là dès le début
il y avait moi, la Terre et les cieux
et depuis… je fionne, détruis et construis
pendant que tu vis, lis, écris et cherches la vérité
mais si tu la trouves, ne la dis pas au perroquet
parce que les choses vraies ne s’encageront plus jamais
Le dernier vivant à Lafayette
quand le soleil levé dit mon nom et les murs sentent du jaune et rose
je me rappelle que je rêve en noir et blanc
et que je déteste la couleur rouge
le même rouge du daim siroté
sur ma chaise dorée au soleil
qui habite mon studio au premier étage
sur la rue Jefferson, une rue grise
le monde qui veille sur moi
à travers les nuages de shisha
et mes vitres noires renaît au petit matin
et les vivantes me quittent pour s’en aller rendormir
l’orage a passé
et j’imagine deux ailes de papillon
moi au milieu
comme ma vie en surimpression
mon corps nu voltige
et mes doigts tiennent toujours des taches de peine-ture.
l’entropie de ma relation avec les couleurs journées
étourdit les autres parce que
la rue Jefferson est une rue grise
et moi, je suis l’eau couleurante
la verdure de mon thé à la menthe
mon accent et mon idée bourgeonnante
me font
dans cette ville grise
le dernier vivant.
Nation d’images
la nation la plus grande, c’est l’imagination
notre langue, ce n’est pas de craie, mais de création
soit on la construit, soit on la détruit
construere
de-struere
struere quoi ?
struere moi
struere une nation d’images
et de sons et de couleurs et de voix
comme le fleuve qui détruit et construit
cette vieille nation qui renaît à chaque inondation
Delta saumâtre
je grandis en Louisiane
ses cieux roses m’échauffent
et je passe trop de temps seul
cher avril,
la seule figure dans la foule que je reconnais
quand tu me regardes avec tes grands yeux azalés
je perds mon idée
pourrais-tu me faire un ciel bleu ?
ne dis pas que tu m’aimes
moi qui passe trop de temps seul
cher avril,
combien de temps jusqu’à c’est tout fini ?
pour asteur
je regarde le jaune d’été
nerveux, seule
ayant peur que je ne sois plus humble
plus créatif plus moi,
plus moi
plus qu’avant
plus que jamais
plus que les rayons argentés
dans la mousse espagnole
plus que j’étais
pour juste quelques mois
plus comme toi
jusqu’au froid
et les dinosaures dorment
mais ils sont toujours lÃ
comme le diable qui nage dans mon sang
combien de temps ?
combien de temps
caracole-je sur la terre saumâtre dans l’eau noire, riche et triste ?
combien de temps
pleure-je ces larmes saumâtres ces nuits noires, chaudes et tristes ?
combien de temps
hante-je ces prairies saumâtres ces jours silencieux, chauds et tristes ?
pensées envahissantes
pensées invasives
intrusives
détruisent mon idée jusqu’aux racines
ravagent mon sommeil
combien de nuits
caracole-je sur cette terre saumâtre sous ces cieux noirs ?
combien de nuits
raconte-je ces contes saumâtres ces nuits noires
jusqu’au jour où je ne reconnais plus les yeux d’avril ?
Champ du Perroquet
Poésies, rêves, pensées, éloges, chants, contes, souvenirs.
Me voici, un perroquet louisianais.
Poète à la recherche de ma voix, ma voie.
Voici mon champ.
Là où j’essaye de trouver ma place.
Une piste de danse. Un clos. Une cage close.